Les questions de la migration et de la radicalisation sont deux problèmes majeurs qui doivent être résolus au plus vite, non seulement en Europe mais aussi dans le monde entier. Lorsque les conditions de vie deviennent trop difficiles dans leur pays d’origine, des milliers de personnes cherchent asile à l’étranger afin d’améliorer leurs perspectives d’avenir, mais le manque de préparation des deux côtés, entre la population accueillante et les nouveaux arrivants, peut provoquer de la méfiance et des troubles qui conduisent à la radicalisation.

Du 4 au 25 Mai 2021, 50 jeunes ont rejoint le projet “Colors of Peace”. Ce projet, véritable plateforme européenne d’échange et de sensibilisation, a permis à ses participants de découvrir en profondeur ces problèmes auxquels on a tous été confronté de près ou de loin mais que nous connaissons pourtant si mal.

L’OFCI a profité de cette opportunité pour interviewer certains des participants qui ont accepté de partager leur ressenti sur cette expérience.

Luigi: Pouvez-vous vous présenter brièvement?

Martina: Je m’appelle Martina, j’ai 25 ans. J’étudie pour un master en psychologie interculturelle. J’ai participé à un projet Erasmus+ et je m’intéresse à toutes ces choses de la mobilité, d’Erasmus+ et des ONG.

Antigoni: je m’appelle Antigoni, je viens de Grèce, j’ai 24 ans. J’ai étudié les mathématiques. Pendant mon temps libre, je fais du bénévolat. J’aime beaucoup le bénévolat et j’aime aussi voyager.

Jubair: Je m’appelle Jubair Ahmed Chaudhury. Je suis originaire du Bangladesh, mais je vis actuellement en Allemagne. J’ai récemment terminé ma maîtrise. Je suis actuellement à la recherche d’un emploi ou d’un doctorat.

Umut: Je m’appelle Umut, je viens de Turquie. Je suis âgée de 22 ans. J’étudie les sciences politiques et l’administration publique.

Serdar: Je m’appelle Serdar Kocaefe. J’étudie les sciences politiques et l’administration publique et je vis à Ankara, la capitale de la Turquie. 

Luigi: Qu’est ce qui vous a poussé à rejoindre le projet?

Antigoni: Je ne connaissais pas beaucoup de choses sur la radicalisation et je voulais en apprendre davantage. J’ai pensé que ce serait une bonne opportunité et je pense que cela fera de moi une meilleure professionnelle.

Umut: La migration et la radicalisation sont des sujets vraiment importants dans la société d’aujourd’hui. C’est pour cette raison que cela m’a intéressé de participer au projet.

Serdar: J’ai eu de nombreuses occasions de rencontrer des migrants d’Afghanistan, de Syrie, etc. En fait, j’ai parlé avec eux de leurs histoires et j’ai essayé d’imaginer leurs conditions de vie, mais je savais que ce n’était pas suffisant. Lorsque j’ai entendu parler de “Colours of Peace”, j’ai tout de suite voulu rejoindre cette formation.

Luigi: Qu’est-ce que vous avez appris durant la formation?

Martina: J’ai appris beaucoup de choses, j’ai appris de nouvelles méthodes que nous pouvons utiliser pour combattre ou prévenir la radicalisation des jeunes, j’ai appris de nombreuses choses sur la communauté Rom, et j’ai aussi découvert en profondeur la situation que traversent d’autres pays.

Antigoni: J’en ai appris davantage sur la guerre civile en Syrie, je peux mieux comprendre les raisons pour lesquelles ces personnes veulent venir en Europe. Nous avons aussi pu interviewer un réfugié afin d’en apprendre plus sur l’histoire méconnue de ces individus qui arrivent en Europe.

Jubair: J’ai découvert le statut des migrants en Allemagne. Comment les migrants font face à un racisme invisible en Allemagne et plus généralement en Europe. J’en ai également appris plus sur les 11 étapes des demandeurs d’asile, du début à la fin. Je connais aussi les raisons pour lesquelles les demandeurs d’asile voient leur demande acceptée ou rejetée et je connais aussi les droits des demandeurs d’asile si leur demande est rejetée. 

Serdar: nous avons travaillé sur des sujets aussi variés que la discrimination, le racisme, les demandeurs d’asile, les minorités, etc. Nous sommes donc à présent très bien informés grâce à de nombreuses sources.

Luigi: Comment votre compréhension de la radicalisation a-t-elle changé tout au long du projet?

Jubair: Dans le passé, j’avais l’impression que la radicalisation des jeunes était uniquement basée sur la religion. Mais maintenant, je comprends qu’il ne s’agit pas seulement de religion. Les jeunes peuvent être radicalisés d’une manière différente. Par exemple, il peut s’agir d’une radicalisation culturelle lorsqu’un jeune, un réfugié ou un demandeur d’asile vient d’un pays asiatique ou d’un pays africain, par exemple, et qu’il a déjà une culture, une croyance et des traditions de longue date. Lorsqu’il arrive en Europe, dans un nouvel environnement, il est en quelque sorte radicalisé dans la poursuite stricte de sa culture ou alors il est en quelque sorte contraint de s’adapter pleinement à la nouvelle culture du pays d’accueil. Cela signifie qu’il doit abandonner complètement sa propre culture afin de se fondre dans la société européenne dominante, ce que je ne trouve pas très juste.

Umut: Je pense que la discrimination provoque la radicalisation dans les deux sens. Comme les migrants peuvent se radicaliser, les locaux peuvent eux aussi se radicaliser.

Serdar: Je n’avais jamais beaucoup réfléchi à la radicalisation auparavant. En général, en tant que Turcs, nous nous concentrons sur le terrorisme, mais dans ce projet, j’ai réalisé qu’il y a une corrélation entre la radicalisation et le terrorisme. Et je pense que si nous pouvons interférer avec le processus de radicalisation des personnes marginalisées, nous pouvons empêcher l’emergence du terrorisme. Nous devons aborder la radicalisation et le terrorisme comme un tout.

Luigi: De votre point de vue, comment la question de la migration/des réfugiés est-elle liée à la radicalisation?

Martina: Je pense que c’est vraiment lié, par exemple, quand les migrants viennent en Europe et qu’ils ne sont pas bien accueillis, ils se sentent exclus de cette société, cela peut les conduire vers la radicalisation. De la même manière pour les populations locales accueillantes, si aucun projet d’éducation sur les migrations ou les réfugiés n’est mis en place, elles peuvent se sentir menacées et elles peuvent aussi se radicaliser.

Antigoni: Dans mon pays, ces questions sont très liées car nous avons un parti d’extrême droite qui s’appelle Aube Dorée et qui s’attaque aux migrants et aux réfugiés. Ils ont même tué des Grecs qui s’opposaient à eux, ou qui avaient une idéologie différente de la leur. Des gens continuent de soutenir ce parti. 

Serdar: Le problème qui relie ces deux questions est composé de deux dimensions. La première dimension est que les flux massifs d’immigration déclenchent la radicalisation des citoyens. L’immigration peut affecter de nombreuses dynamiques (sociales, économiques, politiques, etc.) du pays. Par exemple, les gens doivent partager le même marché du travail pour trouver un emploi et la sécurité sociale est également accessible aux nouveaux arrivants. Cela peut donc faire émerger des tendances radicales dans le pays. La seconde dimension est que les migrants peuvent être radicalisés. Pour l’éviter, un travail doit être réalisé pour que les migrants soient intégrés dans la société.

Luigi: Que pensez-vous qu’il faille faire pour réduire la radicalisation dans votre pays?

Martina: Il faudrait faire un projet pour promouvoir la compréhension de la migration et des réfugiés dans nos sociétés locales et vice versa. C’est une première étape pour encourager le respect des autres points de vue et décourager la radicalisation.

Jubair: Ce phénomène est totalement différent entre le Bangladesh et l’Allemagne. Au Bangladesh, si vous voulez réduire la radicalisation, vous devez promouvoir l’éducation et éliminer la pauvreté, qui est l’une des raisons pour lesquelles vous pouvez facilement radicaliser les gens par le biais de gains matériels. Dans le contexte de l’Allemagne, je dirais, sans le moindre doute, que la liberté culturelle de chaque communauté doit être respectée. Les gens se sentent opprimés comme s’ils n’étaient pas libres de préserver leur identité, il y a une oppression cachée ou comme une sorte d’obligation de se conformer à des standards et des normes.

Umut: Tout d’abord, la société devrait prendre la responsabilité d’établir un environnement sain pour tous, les gens devraient être conscients de la situation que nous avons. Par exemple, cette formation “Colours of Peace” était importante car elle visait à atteindre les jeunes car ils sont plus vulnérables dans la société. Deuxièmement, nous devons établir un environnement et des espaces pour tous afin que des cultures différentes puissent se rencontrer, ce qui réduira la radicalisation et créera une prise de conscience partagée.

Luigi: Une chose de cette formation que vous n’oublierez pas?

Antigoni: Je pense que ce sera le visionnage du documentaire “Pour Sama”.

Jubair: Je dirais que je n’oublierai jamais le travail d’équipe qui était une composante majeure de ce grand projet durant lequel j’ai appris la valeur du travail en groupe. Je n’oublierai jamais également les participants qui m’ont fait sentir que nous sommes tous les membres d’une même famille.

Serdar: Je ne savais pas ce que le mot “Micro-agression” signifiait avant. En gros, il s’agit d’une déclaration, d’une action ou d’un incident considéré comme une instance de discrimination indirecte, subtile ou involontaire à l’encontre des membres d’un groupe marginalisé comme une minorité raciale ou ethnique.

Une interview réalisée par Luigi Briatore et Nidya Pratiwi

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