La plus grande vague de réfugiés a-t-elle encore des effets aujourd’hui ?

 

Après avoir parlé sur le Blog de l’OFCI de la plus grande crise de réfugiés de ces dernières années, nous nous devons à présent de parler du conflit qui a causé la plus grande crise de réfugiés de l’histoire, la Seconde Guerre mondiale. 

Bien qu’il n’y ait jamais eu autant de réfugiés dans le monde qu’aujourd’hui, la Seconde Guerre mondiale est le conflit historique qui a provoqué le plus grand nombre de mouvements migratoires. On estime que pendant le conflit entre 1939 et 1945 et les années suivantes, entre 11 et 20 millions de personnes ont été déplacées de force sur le continent européen. 

Cette crise a commencé en même temps que la guerre, lorsque l’Allemagne a débuté son invasion de la Pologne, le 1er septembre 1939. Pendant l’invasion de la Pologne, les soldats allemands ont systématiquement procédé à l’expulsion de tous les Polonais qu’ils rencontraient sur leur chemin. Ces derniers se sont retrouvés sans défenses et loins de leurs foyers. Les moins chanceux ont fini comme travailleurs forcés ou, dans le pire des cas, dans les nombreux camps de concentration disséminés sur le territoire nazi.

Cependant, ceux qui parviennent à s’enfuir vers l’Est se retrouvent bientôt nez-à-nez avec les troupes soviétiques qui suivent une politique d’expulsion similaire dans les territoires qu’elles conquièrent. On estime que pendant la seule conquête de la Pologne, les nazis ont expulsé de leurs terres entre 1,6 et 2 millions de Polonais, en plus du million qui a été envoyé en Allemagne pour le travail forcé et sans compter les victimes de l’holocauste qui étaient aussi en grande partie originaires de Pologne. Du côté soviétique, les registres indiquent que plus de 1,5 million de Polonais ont été expulsés de leurs foyers après l’invasion.

Cependant, ce phénomène ne s’est pas seulement produit en Pologne, mais aussi dans les autres territoires conquis par l’Allemagne nazie et l’Union Soviétique pendant la guerre. La chose la plus surprenante que peu de gens savent, c’est que la plus grande vague de réfugiés de l’histoire n’a pas vraiment eu lieu pendant la guerre elle-même, mais à la fin de la guerre et dans les années qui ont suivi.

En 1941, l’Allemagne est aux portes de Moscou après avoir débuté l’invasion de l’Union soviétique. Tout le territoire que l’armée allemande a laissé derrière elle a été rasé et sa population expulsée ou exterminée comme ça a pu être le cas en Pologne. Mais lorsqu’en 1943, l’Allemagne perd la bataille de Stalingrad et commence à voir la défaite à l’horizon, les Soviétiques avancent vers Berlin et imitent le comportement des troupes allemandes 3 ans plus tôt, poussés par une soif implacable de vengeance.

Vers la fin de la guerre, alors que les Russes arrivent à la frontière allemande, les civils teutons qui s’étaient installés dans les nouveaux territoires à l’ouest ou ceux qui vivaient dans les terres les plus à l’est du Reich sont contraints de fuir la fureur de l’Armée rouge. On estime qu’après la guerre, un total de 12 millions de personnes d’origine allemande ont été expulsés des territoires orientaux tels que la Pologne, la Tchécoslovaquie vers l’Allemagne ou ont été libérés des camps de prisonniers de guerres et ont pu rentrer chez eux dans les années suivantes. 

Cette vague massive de rapatriés allemands après la guerre a été la plus importante de l’histoire de l’Europe et ses répercussions se font ressentir encore aujourd’hui. En effet, une grande partie de la population allemande actuelle est issue de ces familles de réfugiés qui se sont réinstallés en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale pour reconstruire le pays et trouver de nouvelles opportunités. Ceux-ci ont été dispatchés dans les grandes villes pour travailler dans les grandes usines ou à la campagne dans l’agriculture et l’élevage. Pour donner un exemple personnel, une partie de ma famille allemande est originaire de la région des Sudètes en Tchécoslovaquie, une région qui, avant la guerre, comptait un fort pourcentage d’allemands au sein de la population et qui a été à l’époque annexée par l’Allemagne nazie.

C’est en raison de cette crise de réfugiés historiquement importante que l’UNHCR a été fondé en 1950, cette organisation non gouvernementale des Nations Unies assume aujourd’hui la responsabilité internationale ultime de la gestion globale des réfugiés. Ces événements historiques expliquent la position de l’Allemagne en faveur de l’accueil des réfugiés au XXIe siècle. Elle estime que si le pays l’a déjà fait une fois, le pays peut le faire une deuxième fois. L’exemple de l’Allemagne montre que l’accueil bien réalisé des réfugiés peut avoir de nombreux aspects positifs, tant pour l’économie que pour la diversité culturelle.

Un article d’Otto Gerlinger Velázquez